«SUR MES ÉCRANS, JE PEUX TOUT SUIVRE EN TEMPS RÉEL», ALEXANDRE BERNARD, PILOTE DE TUNNELIER
13/12/2021

«SUR MES ÉCRANS, JE PEUX TOUT SUIVRE EN TEMPS RÉEL», ALEXANDRE BERNARD, PILOTE DE TUNNELIER


C’est un univers de travail bien particulier: Alexandre Bernard, pilote de tunnelier, est en poste sur Laurence, l’un des tunneliers à l’œuvre sur la construction de la ligne 15 sud du Grand Paris Express (projet T3A). Il évoque pour nous les différents aspects d’un métier pas comme les autres. Rencontre.

Pour Alexandre Bernard, âgé aujourd’hui de 25 ans, l’aventure débute en 2016 lors de ses études de BTS qu’il effectuait dans l’établissement Pierre-Caraminot à Égletons en Corrèze. «Lors de ma 2e  année de BTS travaux publics, une responsable des ressources humaines de chez Bouygues Construction est venue à notre rencontre afin de nous proposer des postes de pilote de tunneliers. Une dizaine de postes étaient à pourvoir en France et à l’étranger. J’ai été emballé par sa présentation du métier et par le monde du sous-terrain  ; et j’ai dit banco!», explique Alexandre Bernard originaire de la région du Limousin.

Rencontre sur l’un de plus grands chantiers actuels, celui du Grand Paris Express, avec celui qui, du haut de ses 25 ans, affiche déjà une belle expérience sur son CV, et qui a encore pleins de choses à découvrir.

 

VOUS AVEZ ÉTÉ RECRUTÉ PAR BOUYGUES CONSTRUCTION LORS DE VOS ÉTUDES À EGLETONS. COMMENT S’EST PASSÉE VOTRE FORMATION EN SORTANT DE VOTRE BTS TRAVAUX PUBLICS?

 

Mon BTS travaux publics en poche, j’ai directement intégré le centre de formation Gustave-Eiffel de Chilly-Mazarin (Essonne) pour une durée de 2 mois. Je crois qu‘à cette époque nous faisions partie des premiers diplômés de ce type de formation. L’objectif pour l’entreprise de TP était de nous former rapidement au pilotage de tunnelier auprès de professionnels chevronnés.

Nous avons étudié la géologie ; les différents TBM (Tunnel Boring Machine), etc. Nous avons aussi notamment travaillé sur des simulateurs, tels que EPB et Slurry. Aujourd’hui, il en existe d’autres. Il y a le tunnelier à densité variable, qui est présent sur le lot T2A par exemple. Cette formation était très complète, mais cela était de la théorie et du simulateur, et j’avais hâte d’être dans l’ambiance, d’entendre le bruit du creusement d’un tunnelier, d’être sous terre.

Après cette formation, je suis allé sur le chantier du prolongement de la ligne 14 à Saint-Ouen sur une machine NFM. Aujourd’hui c’est sur une Herrenknecht que je fais mes armes. Mais entre ces deux chantiers, mon patron a souhaité que je travaille sur les organes qui composent un tunnelier, afin de maîtriser tous les rouages de mon métier. Ainsi, j’ai été opérateur de tunnelier, aide de poseur, etc. Et depuis ce début d’année, je suis autonome dans la cabine du tunnelier.

 

EN QUOI CONSISTE VOTRE MÉTIER DE PILOTE DE TUNNELIER?

 

Mon travail de pilote de tunnelier est de faire avancer cette machine longue de 108 m, d’un diamètre 9,88 m, et qui pèse près de 2000 t! Il faut creuser tout en posant les anneaux qui sont composés de voussoirs. Ici, sur ce chantier, un anneau correspond à 7 voussoirs.

En ce moment, nous creusons dans de l’argile, et ce n’est pas un matériau facile à évacuer et à traiter en amont ; nous posons donc un anneau en 1  h, mais si nous creusions dans un terrain plus malléable, il faudrait plus facilement compter de 30 à 45 min.

Depuis la cabine du tunnelier, je peux tout gérer: l’avancement de la machine, les déblais à évacuer qui partent par convoyeur, etc. Je dois aussi surveiller ma pression de confinement. Pour m’aider, j’ai de nombreuses caméras qui surveillent des lieux stratégiques, ce qui me permet de contrôler s’il n’y a pas de fuite de flexible, pas d’accident de travail, etc. Mais il faut bien noter que sans une équipe, le pilote n’est rien. Il faut environ une vingtaine de personnes pour le bon déroulement des travaux d’un tunnelier, entre ceux dédiés au tunnelier et ceux à la surface, qui fournissent par exemple les voussoirs. De plus, je suis en relation constante avec le capitaine de la barge et le responsable sur place.

 

QUELLES SONT LES QUALITÉS REQUISES POUR EXERCER CETTE PROFESSION?

 

Pour être un bon pilote, il faut avant tout être calme, posé, avoir la tête sur les épaules, être concentré et savoir anticiper les choses, car on ne sait jamais ce qu’il y a vraiment devant, un peu comme une taupe, il peut y avoir des aléas géologiques.

Il faut être en quelque sort en symbiose avec la machine. Il faut être également sociable, car c’est un travail d’équipe et nous passons beaucoup de temps les uns avec les autres. Je suis content de mon métier qui a moyen terme peut m’amener à voyager en Europe. Durant ma formation j’ai été en contact avec deux pilotes sur la ligne 14 qui s’appelaient Éric et Diego, deux personnalités hors du commun avec de nombreuses années d’expérience, et qui, grâce à leur métier de pilote de tunnelier, ont pu parcourir le monde.

 

Aude Moutarlier