Environnement

L'EAU DANS LE SOL : LE SUJET BRÛLANT DU RÉCHAUFFEMENT - <p>La Savoureuse, rivière<br />du territoire de Belfort, ici à Lepuix le 1er août 2018.</p>
01/12/2019

L'EAU DANS LE SOL : LE SUJET BRÛLANT DU RÉCHAUFFEMENT


La Savoureuse àGiromagny le 15 janvier 2018.


Le changement climatique, objet de toutes les attentions, se devait d’avoir des gardiens, des veilleurs pour alerter, informer, orienter les décideurs, et sensibiliser la population
sur les mesures radicales à prendre en urgence. Quoi de mieux qu’une rivière tumultueuse en hiver qui se transforme en désert de cailloux l’été venu pour réfléchir tout en se posant les bonnes questions. Ces réflexions ont fait naître une belle relation entre l’entreprise Hydrogéotechnique et deux kayakistes. Explications.

Les échanges formels ou informels sur notre environnement laissent parfois pantois ; mais heureusement, certains d’entre eux permettent de faire se rencontrer des personnes partageant les mêmes préoccupations. La société Hydrogéotechnique, dont l’activité principale est portée par les études de sols appliquées aux bâtiments, infrastructures et ouvrages de génie civil, s’est progressivement intéressée aux questions environnementales et hydrogéologiques en créant une filiale : GéauPole. De par son activité sur tout le territoire français, la société constate depuis quelques années un regain d’activité dans le domaine des études en relation avec les ressources en eau, les nappes, la morphologie des cours d’eau ou tout autre aspect dont l’eau est l’acteur principal.
Les échanges avec les bureaux d’études spécifiques traitant de dossiers de barrages, digues, seuils, passes à poissons, requalification de cours d’eau, morphologie des écoulements et recherches en eau se multiplient, et tout cela s’explique par un profond changement des conditions hydrogéologiques et hydrologiques, guidées par des évolutions réglementaires et législatives imposées par un thème récurrent : le changement climatique.
Aujourd’hui, les climatosceptiques devraient se poser la question de savoir pourquoi 87 départements de métropole ont été en restriction d’eau en 2019, et tout autant en 2018. Le constat est implacable :
des modifications irréversibles sont en marche, les cycles hydrologiques perturbés avec des épisodes de sécheresse jamais égalés depuis la fin du XIXe siècle, marqués par l’absence de pluie sur de longues périodes et des élévations significatives de température. Ces phénomènes ont un effet immédiat sur le ruissellement et les ressources en eau en été, et donc sur la biodiversité. Ils génèrent d’importantes mortalités piscicoles, la disparition d’espèces végétales de la ripisylve au profit d’espèces invasives, la disparition de zones humides et le développement de parasites massacrant nos haies et forêts. Cette catastrophe écologique est accentuée par les feux de forêt, conséquences indirectes d’un cruel manque d’eau.
Le corollaire hivernal ou printanier est marqué par des crues de plus en plus soudaines et violen-
tes, spectaculaires, dévastatrices, modifiant la morphologie des cours d’eau, générant des coulées boueuses ou des glissements de terrain, et puisque l’eau court elle ne peut permettre un rechargement optimal de nos aquifères.
Les impacts sur les biens et personnes comme sur les ressources en eau ne sont donc pas qu’illusions ou fadaises : ils sont avérés !
La communauté scientifique alerte, les constats sont implacables, mais comment communiquer et mettre en exergue ces questions ?
Le hasard des rencontres fait qu’Hydrogéotechnique a eu l’opportunité de s’associer à la démarche originale et volontariste d’un couple de sportifs de haut niveau, au palmarès éblouissant, qui pagaient depuis plus de 20 ans sur les rivières de France et du monde. Marlène Devillez (championne de France, d’Europe et vice-championne du monde en kayak freestyle et hydrogéologue) et Nicolas Caussanel (champion d’Europe 2019 en kayak extrême et médaille d’or à la Coupe du monde 2017), forts du constat que le réchauffement climatique n’était pas une galéjade, ont décidé de profiter de leur terrain de jeux que sont les rivières pour se propulser dans une réelle action pédagogique et didactique en lançant le défi de réaliser un film documentaire.
Pendant un an, Marlène et Nicolas ont parcouru le monde pour dresser un état des lieux de l’impact du réchauffement climatique sur les rivières.
Ils sont allés à la rencontre de professionnels, élus, habitants, acteurs locaux et usagers qui vivent sur les berges des rivières qu’eux-mêmes sillonnent en kayak. Ils tenteront de répondre à des questions fondamentales qui devraient s’imposer à nous tous : le réchauffement climatique a-t-il un impact sur les rivières d’ici et d’ailleurs ? Nos ressources en eau sont-elles inépuisables ? Les régimes hydrographiques ont-ils des impacts irréversibles sur la morphologie des rivières ? La biodiversité est-elle menacée ?
Forts de leurs expériences et confrontations avec les éléments et les hommes impactés par les caprices du temps, ils ont prévu de restituer leurs constats et si possible répondre aux questions que nous nous posons… à moins qu’ils n’en posent de nouvelles.
Merci à ces lanceurs d’alerte et merci aux rivières, ces sentinelles du réchauffement.
Nous attendons avec impatience la sortie du film fin janvier 2020.

 

LES TÉMOIGNAGES DE DEUX HYDROGÉOLOGUES

 

Interview Marlène Devillez


Avant d’être hydrogéologue, j’étais kayakiste, et, à l’âge de 15 ans, je regardais déjà l’évolution des niveaux d’eau du Doubs sur Vigiecrues afin de trouver les conditions de navigation idéales ! Évoluer sur les rivières vous amène à les respecter et à les aimer, car ce qu’elles vous donnent est indescriptible : plénitude, puissance, calme, sérénité… Peut-être est-ce ma passion pour le kayak qui m’a amenée doucement mais sûrement vers ce métier d’hydrogéologue. Après sept années à Boulogne-Billancourt comme ingénieure d’études, je travaille maintenant à Besançon pour la gestion patrimoniale des ressources en eau potable. C’est un sacré défi et un réel plaisir que de travailler sur les circulations karstiques, la géologie franc-comtoise et les forages existants ou ceux à prévoir ! L’objectif étant de mieux comprendre le fonctionnement des nappes captées pour mieux les préserver à long terme d’un point de vue qualitatif et quantitatif. Mon point de vue de kayakiste m’a permis, au cours de mes vingt années de pratique, de constater des changements importants sur les rivières franc-comtoises. Les périodes de sécheresse, empêchant ma pratique, sont de plus en plus longues. Les crues de plus en plus violentes rendent parfois les « spots » locaux impraticables. Trop d’eau peut être synonyme de mouvements d’eau trop dangereux pour la pratique du kayak. J’avais noté ces changements dans ma tête de kayakiste, et c’est avec les constats en relation avec mon travail que j’ai considéré qu’une nécessité s’imposait à moi : ne pas être une simple spectatrice, mais faire tout pour devenir actrice dans la préservation de nos écosystèmes. L’élément déclencheur a été le Doubs asséché en 2018, et les gens choqués à leur tour, sans qu’ils changent pour autant leurs habitudes sur leur consommation en eau potable. Là, ce n’était pas juste un problème pour mon sport : c’était un problème humain ! Comment préserver nos ressources, alerter, informer ? Les chiffres, les mesures de débits, les traçages, les constats de crues et sécheresse, la baisse de la piézométrie,

ce sont des faits !
Mais comment communiquer, adapter son discours, toucher des gens différents et les sensibiliser à la protection de l’eau ? L’idée d’un film documentaire pour sensibiliser sur la beauté de nos rivières et leur fragilité s’est rapidement invitée dans notre réflexion. Sans financement, ce projet était tué dans l’oeuf. Même si nous avions le niveau et l’expérience pour partir à l’assaut des plus belles rivières du monde, il nous manquait caméras, drone, logiciel de montage, monteur, etc. Une idée un peu folle, ce documentaire ! Et puis, il faut que le public accroche ! Alors, nous avons lancé un crowfunding, un financement participatif. C’était un bon moyen de savoir si cela toucherait ou non le grand public. Nous avons cherché des financements auprès d’entreprises en accord avec nos idées et nos valeurs.
Hervé Grisey, directeur technique chez Hydrogéotechnique, est avant tout l’un de mes anciens professeurs à l’université de Franche-Comté. Même si j’ai choisi l’hydrogéologie, c’est lui qui m’a fait découvrir et aimer la géotechnique ! Bref, je ne sais plus lequel de nous deux a pris contact, mais lorsque nous avons échangé sur le projet, il a été partant dès le début !
C’était un réel plaisir de se sentir soutenus dans cette idée un peu folle qui nous tenait tellement à coeur ! Un premier coup de pouce par cette entreprise nous a permis de communiquer davantage sur notre démarche. En un mois, nous avions les fonds pour réaliser notre documentaire ! Les conférences étaient planifiées, et nous sommes ravis d’avoir tenu notre première conférence à Toulouse pour Hydrogéotechnique. Un grand merci pour leur soutien.

 

Interview de Romain Gillard

 

En tant qu’hydrogéologue issu du master de géologie appliquée de Besançon, comme Marlène, je partage des points communs avec elle, et tout particulièrement celui du constat que nos nappes sont
« malades ». En contact chaque jour avec les différentes nappes phréatiques présentes sur notre
territoire, le constat de ces dernières années, et encore plus en 2019, est assez alarmant. Sachant que 30 % des précipitations sont utiles à la recharge des nappes phréatiques, le déficit pluviométrique visible sur ces dernières années a un impact direct sur le niveau des nappes, moins visible que sur les rivières, mais tout aussi préoccupant.
À mon niveau, ces dernières années, j’ai constaté une baisse significative des réserves en eau dans les différents aquifères. Outre les modifications pluviométriques, cette diminution est accentuée par l’activité humaine qui ne cesse de se développer (augmentation des prélèvements par pompage dans les nappes, imperméabilisation des surfaces réduisant l’impluvium de recharge des aquifères, etc.). L’absence de précipitations et les fortes chaleurs dont nous avons été témoins cette année 2019, entre autres, sont les points de départ de cet appauvrissement des niveaux de nappes.
En effet, les fortes chaleurs liées à un manque de précipitation provoquent l’assèchement des sols
superficiels et placent la végétation en constante situation de stress hydrique. Ces phénomènes ne font qu’accentuer l’évapotranspiration et le ruissellement lors des rares épisodes pluvieux, ne permettant pas une recharge optimale des aquifères. Sur le secteur d’Orléans, où notre bureau d’études est implanté, j’ai constaté durant la période du 11 juin au 20 septembre 2019, que la pluviométrie totale a été seulement de 63 mm, alors que 210,4 mm de pluie sont tombés en 2017. Le corollaire direct est un abaissement général de 0,40 m de la piézométrie de la nappe des calcaires de Beauce. Cette diminution peut sembler minime, mais il n’en est rien. En effet, ce système aquifère s’étend sur environ 9 000 km² et se trouve sur deux grands bassins hydrographiques (Seine-Normandie et Loire-Bretagne) ; aussi, le déficit volumique est considérable. Ces observations locales sur les nappes sont en parfaite correspondance avec les constats de Marlène et Nicolas sur les rivières de par le monde.

 

Hervé Grisey
Directeur technique d’Hydrogéotechnique

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EXPOSANTS

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1 300

 

 

PARTICIPANTS

2600

 

 

 

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